Immaculée d’une blancheur absolue, Ti-Bi, le chat familial est le seul animal que j’avais jamais eu. Excepté un chien que mes parents avaient lorsqu’on habitait à Pointe-Fortune, que j’ai eu de 0 à 2 ans. La présence de ce chat m’apportait beaucoup de stabilité dans cette période de ma vie. Nous avions toujours quatre ou cinq jeunes délinquants en famille d’accueil chez nous, et mes parents travaillaient de jeudi à dimanche à l’hôtel (bar), et parfois allaient passer quelques jours à Montréal pour « amusement seulement », ou en voyage.
Bref, avec tous ces moments à être seul, ce minou à pelage assez long fut pendant quelques années une boule d’affection qui m’apportait une sérénité instantanée. Ce chat avait le don de se coller quand ça n’allait pas, lorsque j’étais chambranlant, ou j’avais le moton dans la gorge. Son ronronnement était probablement une réponse à tout ce que je lui disais, en secret!

Un chaud soir d’été, je m’apprêtais à aller en béclycle à pédale au Dunkin Donuts sur la Principale pour acheter une douzaine de beignes mélangés pour la gang de « famille d’accueil ».

Lorsque je sortis par la porte arrière de la maison, où se trouvait la cuisine (là où j’ai failli mourir de peur – voir Le tueur de Lachute), j’entendis une espèce de long cri strident s’étirant sur une dizaine de secondes, et qui recommençait. Encore. Ça venait de la haie de cèdres séparant notre terrain à celui du voisin arrière. C’était la tombée de la nuit et j’étais seul.
Après avoir analysé d’où venait le bruit, j’en conclus que ça venait de près du cabanon du voisin, et une clôture séparait les deux cadastres, en plus des conifères. Je traversai les cèdres et enjamba la clôture de treillis de métal, et finalement j’atteignis l’endroit où émergeaient ces sons.
Dans l’enclos de taille d’environ 6′ X 2′, délimité par le cabanon, la clôture et une pile de débris de construction, gisait immobile par terre mon chat Ti-Bi. C’est ma p’tite boule de poil qui miaulait tout ce temps! Du sang coulait de sa bouche, et sa belle toison blanche de félin était tachée d’un pourpre.

ARRRRRRRRRROUUUUUUUUAIINNNNNNNN ARRRRRRRRRROUUUUUUUUAIINNNNNNNN
Le voir souffrir ainsi me causa de la détresse. Je m’approchai de l’animal et je vis qu’il avait le cou pris dans un piège à mâchoires (style piège à ours). Par tous les moyens possible, pour ce qu’ un petit garçon de dix ans peut faire, j’ai tenté d’ouvrir le piège. À toutes les fois que j’essayais quelque chose, les cris de Ti-Bi étaient de plus en plus forts.

Désespéré et écœuré de voir mon chat souffrir ainsi, j’ai eu l’idée d’abréger ses souffrances. Dans la maison, j’avais une carabine à plombs et des plombs de type parachute, et je la récupérerai. Je ne peux vous cacher qu’environ une dizaine de plombs sur la tête de l’animal, ça juste empirer les choses. Le fusil n’est pas assez puissant pour l’achever.
J’extirpai de la pile de débris une brique à solage.
Ce fut le dernier cri de Ti-Bi.
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